09 septembre 2008
Équipe de France : Le goût du luxe
Si les victoires à la Coupe du monde 1998 et à l'Euro 2000 ont ramenés l'équipe de France sur le devant de la scène, l'effet pervers a été la réévaluation des critères de qualité de cette équipe.
La défaite contre l'Autriche samedi soir (1-3) à Vienne suscite une certaine hystérie collective. Quelque part entre vouloir la tête de Raymond Domenech et la reprise de « l'opinion public » par les médias. Cette dernière souhaiterait se rendre au stade de France « pour voir une défaite » des Bleus, mercredi soir, contre la Serbie. Ce sont les propos, en résumé, tenus lors Luis attaque lundi après-midi. Sans pour autant savoir sur quels critères cette fameuse vox populi s'exprime et comment.
On en oublierait presque que seul le Brésil a participé aux 18 phases finales de Coupe du Monde passées. La France en compte 12 (impasses en 1950, 1962, 1970, 1974, 1990 et 1994). Car s'il est bien une histoire quasi inexorable dans le football Français, c'est le vide qui suit le départ d'une brillante génération. Ce fut en le cas après 1958-62, après les années 1980 et donc aujourd'hui après le départ de la génération Zidane &
co. Seulement voilà, aujourd'hui on n'a plus le temps d'attendre, trop d'enjeux financiers polluent la qualification ou non d'une équipe comme la France. TF1, en plus d'être diffuseur des matches, sponsorise et achète à prix fort les droits de diffusion de la Coupe du monde... Un prix dans lequel est induit la participation de l'équipe de France. L'on pointe l'hystérie (et plus simplement la pression) avec un vocabulaire d'ores et déjà d'élimination (syntaxe de la lose) après seulement un match sur les 10 du groupe 7. C'est vrai que la dernière fois que la France avait perdu son premier match de qualification pour un mondial, c'était le 9 septembre 1992 en Bulgarie (2-0) et on y pas allé en Amérique ! Spirale de l'angoisse, dépression nationale, récession économique, chômage tout est lié... Qui sera le Ginola nouveau ?
De la qualité, mais pas de mentalité ?
Venir jouer en équipe de France rapporte concrètement un survêtement et éventuellement une nouvelle paire de chaussures. Du moins lors des matches de qualification. Il me semble utile, en ces temps brouillés, de le rappeler. Et si l'équipementier reprend la formule à son avantage, porter le maillot reste un honneur (et un formidable accélérateur de carrière).
Depuis 10 ans, les clubs, les journalistes, les consultants et la légende urbaine nous encrent dans le ciboulot que l'on a la meilleure formation du monde, que les autres ne savent pas former des joueurs de haut niveau, que c'est pour ça qu'on nous pille la Ligue 1 et qu'en plus on a une qualité technique et physique supérieur à tout le monde. La belle affaire.
Le match de samedi a donc prouvé que ce n'était pas forcément le cas et que de toute façon ça ne suffisait pas face à 11 gars qui faisaient le match de leur vie.
Car aussi doués techniquement et physiquement soient les jeunes joueurs Français, il doivent aussi faire avec une défaillance mentale qui semble hallucinante dès lors la tunique bleue enfilée. Comment ce fait-il qu'un joueur en confiance comme Nasri, un modèle d'intégration à Arsenal, se sente aussi seul sur le terrain, ne sachant que faire du ballon ? La thèse de Malouda prend du galon. L'« hypertacticité » et le nombre (trop ?) important de consignes supposées par Raymond Domenech laisserait peu ou plus de place à la spontanéité d'un dribble pour éliminer son vis-à-vis ? Quelle est la différence dans l'approche d'un match entre Arsène Wenger et Raymond Domenech ? Faut-il un psychologue pour coacher les bleus ? Où sont les morts de faim sur le terrain ? Faut-il à tout prix être faible techniquement pour compenser par le mental et la volonté de se battre sur tous les ballons ? Il me semble que les Argentins ont répondus à la question.
Faut-il virer Domenech ?
La question est surtout politique dans le contexte où elle est posée. Chacun veut tirer la couverture sur soi et conserver son job. D'autant que tous ceux qui prennent la parole dans les médias son susceptibles de conflit d'intérêt. Gérard Houiller, Didier Deschamps, Alain Boghossian et même Raymond Domenech, tous bénéficient aujourd'hui de soutiens de la part de la fédération, de la ligue, des clubs, des joueurs, des entraîneurs et des journalistes. Pourquoi Deschamps a-t-il rompu son contrat avec RMC sans pour autant accepter d'offre d'un club ?
En général à l'heure de décider de l'avenir d'un entraîneur, l'on regarde son bilan. Depuis le 12 juillet 2004 et sa nomination à la tête des Bleus, le sélectionneur a dirigé 56 matches pour un bilan de 31 victoires, 17 matches nuls et 8 défaites (au bout du temps réglementaire + prolongations si y a). Ce qui en fait un bilan pas trop mal au regard de ce qu'ont pu faire ses prédécesseurs. C'est en regardant le bilan année par année que l'on se rend compte d'une chute des résultats assez nets (si ça ne se voyait pas déjà sans ça). Raymond a attendu le 1er mars 2006 (soit 17 matches) pour connaître la défaite avec les l'édf, c'était au SDF face à la Slovaquie (2-1). Ce qui veut dire 8 défaites entre le 1er mars 2006 et le 6 septembre dernier (39 matches). Cette année, alors qu'il reste encore un match, les Bleus ont perdu 4 de leurs 10 matches (deux lors de l'Euro, les autres étant l'Espagne et l'Autriche). Sur ces critères de purs résultats, l'idée de se séparer du sélectionneur est louable. Mais alors quid de l'été où de nombreux joueurs sont montés au corner pour défendre leur sélectionneur (Toulalan, Ribéry, Benzema, Diarra, Nasri...). Et si certain joueurs reconnaissent l'affect pour le sélectionneur, il serait tout de même intéressant de procéder à un audit de sa méthode et ce qu'en retiennent les joueurs. Notamment sur les coups de pied arrêtés défensifs : Ce n'est pas possible d'avoir pour consigne de défendre sur la ligne des 5,50 mètres !
Par contre en terme et communication et de défoulement du commun des mortels, là il ne fait aucun doute que l'éviction de Domenech serait de salut public. Néanmoins l'on se demande ce qui a mené la fédération à reconduire Raymond la science à son poste pour lui imposer un impératif de 5 points en trois matches (qui est un objectif faible) si ce n'est afin de préparer une reprise en main de la DTN (Gérard Houiller).
Raymond Domenech : Pour ou contre, bien au contraire...
Autriche – France (3-1) : Dans la lignée de l'Euro...
22 août 2008
Jean-Pierre Escalettes, maître tacticien.
Après avoir convoqué le spectacle au chevet de l'équipe de France, le Président de la Fédération Française de Football ne s'est pas fait prié pour donner son avis sur le match des bleus en Suède.
Toujours dans la spirale du soit-disant beau jeu proposé par certaines équipes lors de l'euro, le Président Escalettes ne lâche pas un bout de terrain à Raymond Domenech quant à la qualité du jeu proposée par son équipe mercredi soir en Suède (2-3). Décrétant ne « plus vouloir revoir France - Roumanie », le patron de la fédé a déclaré avoir « aimé car on a eu un jeu plus tourné vers l'avant, on a moins fait tourner vers l'arrière. Je les ai trouvé généreux dans la volonté d'aller vers l'avant ». La déclaration passe comme une lettre à la poste au café du coin, pour les fins tacticiens que nous sommes à la rédaction, l'on se permettra néanmoins de formuler une petite remarque à usage unique : Lorsque l'on joue une équipe évoluant en 3-5-2, le pressing dans le camp adverse n'est nullement sa vocation première. Ce système est en fait une espèce de goulot d'étranglement, mais pour cela, il faut laisser l'adversaire pénétrer dans ses propres lignes avant de serrer le noeud. Sans arrières latéraux, ce système ne peut se permettre d'envoyer ses ailiers au charbon étant donné qu'ils sont sensé assurer le blocage des couloirs.
Le Président des 3F nous a ensuite servi un joli portfolio de clichés sur le football où il faut « marquer un but de plus que le autres », « cette victoire est bien pour la confiance... », « il reste des choses à régler ».
Domenech sous pression. 
Si le Président de la Fédération se permet des commentaires technico-tactiques sur le moindre match amical de l'équipe de France (qui plus est de reprise), nul doute que dès que ça va compter pour autre chose que du beurre, les oreilles de Raymond vont siffler fort. Et si l'équipe de France a toujours réussi à se qualifier pour la phase finale d'un tournoi en année paire (euro ou Coupe du monde) depuis 1994, cela ne s'est jamais réalisé sans souffrance, ni contre-performance (euro 2000, euro 2004, coupe du monde 2006, Euro 2008). Qu'adviendra-t-il si cette même équipe « tournée vers l'avant », qui fait « moins tourner », qui marque « de jolis buts » perd en prenant « un but de plus que l'adversaire »? Resurgira alors le bon vieux schéma de la qualification point barre : « peu importe la manière, l'important c'est les trois points ». Bonjour la tranquillité.
Au fait, en plus d'Alain Boghossian, il y a eu un autre changement au sein du staff des bleus. Alain Simon devient le médecin de l'équipe de France (en plus de celui du PSG) en remplacement du docteur Jean-Pierre Paclet (en place depuis 2004) qui a demandé « à prendre du recul ». En effet, la structure médicale des Bleus avaient sacrément été pointé du doigt durant l'euro, ici même compris.
Les résultats amicaux des adversaires de la France dans le groupe 7 :
Italie 2-2 AUTRICHE
Portugal 5-0 ILES FÉROÉ
LITUANIE 3-0 Moldavie
ROUMANIE 1-0 Lettonie.
La serbie a elle limogé son sélectionneur Miroslav Djukic pour le remplacer par Radomir Antic après un tournoi Olympique qui s'est soldé par deux défaites contre la Côté d'Ivoire (4-2) et contre l'Argentine (2-0) et un pauvre match nul contre l'Australie 1-1.

